A propos de la violence à l'école

En France, pendant quelques jours, la question de la violence a l'école a enflammé les médias après la publication dans Youtube d'une séquence filmé dans un collège de Créteil, où un adolescent a braqué sa professeure avec une arme factice.

 

Un problème récurrent

 

La violence à l'école est un phénomène récurrent qui prend des formes diverses : violence envers les enseignants, harcèlement et même cyber-harcèlement de certains élèves par d'autres. Les médias se focalisent sur les actes les plus graves, mais en réalité on constate des faits de micro-violence répétés, quotidiens. Le Gouvernement parle de placer des policiers dans les établissements scolaires ; sur les plateaux de télévision, des journalistes ou même des enseignants reportent le problème sur la démission des parents et le laxisme du système éducatif. Avant de communiquer sur des solutions ou des analyses proposées à la va-vite, il vaudrait mieux rechercher les causes profondes de la violence à l’école. 

 

Problèmes sociaux et échec scolaire

 

La réalité c’est que notre système éducatif parvient très difficilement à résorber l’échec scolaire qui touche d’abord les jeunes des milieux défavorisés. Le “Programme international pour le suivi des acquis des élèves“ (PISA) conduit par l’OCDE, situe le système d’enseignement français à un niveau médiocre (26e place sur 70), loin derrière des pays comme le Japon et la Finlande mais aussi la Pologne, le Portugal et même le Vietnam. En même temps, la France est championne des inégalités dans l'éducation et souffre d'une incapacité chronique à aider les élèves défavorisés, beaucoup plus pénalisés dans leurs résultats que dans les autres pays.

 

Le système scolaire français exerce une très forte pression sur les élèves : beaucoup d’heures de cours, beaucoup de devoirs, une sélection par l’échec, une relation enseignants/élèves distante et formelle. Le système oblige les enseignants à s’imposer de manière autoritaire. Ces pratiques contribuent au désinvestissement et à l’échec scolaire. Les élèves qui réussissent sont ceux qui du fait de leur milieu socio-culturel sont bien adaptés au système (en particulier les enfants d’enseignants). Les enfants des familles les plus éloignées de l’école sont souvent écartés de l’accès aux savoirs et des diplômes qui les sanctionnent.

 

Plus de 100.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire en situation d’échec et sans qualification. C’est là une véritable violence institutionnelle qui, sans les excuser, nourrit les violences individuelles.

 

L'exemple finlandais

 

Un enseignant français, M. Paul Robert, principal du collège Nelson Mandela de Clarensac dans le Gard a participé à une visite d’étude du système éducatif finlandais organisé par l’Union Européenne. Les conclusions qu’il en tire sont des plus intéressantes. La Finlande obtient de très bons résultats à l’enquête internationale PISA : en 2016, elle occupait la 5e place sur 70 pays. C’est un des pays au monde où les inégalités sont les mieux corrigées par l’éducation, où les différences de compétences entre garçons et filles sont les plus faibles et où les élèves ont un sentiment d’eux-mêmes très positif par rapport aux apprentissages.

 

Quelles sont les caractéristiques qui explique ce succès ? M. Robert a noté les points suivants :

  • Chaque élève est important. Un élève heureux, épanoui, libre de se développer à son rythme, apprend mieux. 
  • Un environnement chaleureux et accueillant. La taille modeste des établissements (300 à 400 élèves pour un collège; 400 à 500 pour un lycée) crée une atmosphère de proximité et permet au principal ou au proviseur de connaître personnellement tous ses élèves.
  • Des relations familières et respectueuses. Les relations entre les professeurs et les élèves sont empreintes d’une grande familiarité qui n’exclut aucunement le respect mutuel. 
  • Des rythmes d’apprentissage adaptés aux enfants. L’apprentissage de la lecture ne commence qu’à partir de 7 ans. Chaque jour est consacré à une discipline (musique, sport, activités manuelle ou artistiques, langue maternelle, maths) mais c’est seulement le matin que les enfants s’y initient, de façon toujours très attractive. L’après-midi est réservé au jeu.
  • Un taux d’encadrement élevé. Durant les premières années de l’école obligatoire (“basic education“ de 7 à 13 ans), les effectifs ne doivent pas dépasser 25 élèves par classe. Dès l’école primaire et encore au collège, des assistants d’éducation viennent apporter leur concours au professeur. Une aide particulière est apportée à des groupes restreints d'élèves ayant besoin d’une aide particulière.
  • Des élèves actifs et impliqués. M. Robert a toujours vu des élèves en activité, seul ou par groupe, avec des professeurs sollicitant leur participation et attentifs à leurs demandes.

 

Les moyens ne manquent pas en France mais ils sont mal répartis

 

Pourquoi ce qui est possible en Finlande ne l’est-il pas en France ? L’école finlandaise dispose-t-elle de plus de moyens ? Et bien non, la France consacre environ 7% de son PNB à l’édcation, comme la Finlande. Les moyens ne manquent pas en France, mais ils sont, semble-t-il, mal répartis. Les meilleurs enseignants sont dans les collèges et lycées des quartiers résidentiels, là où vivent les cadres et les professions supérieures, alors que les enseignants moins expérimentés sont envoyés faire leurs armes dans les zones plus défavorisées (voir le site http://ecolesdifferentes.free.fr).

 

Rêvons un peu : le Gouvernement a pris une mesure de bon sens en dédoublant les classes de Cours préparatoire dans les Zones d’Education Prioritaires. Moins d’élèves, plus d’encadrement, c’est la bonne formule pour produire de meilleurs résultats. Pourquoi ne pas continuer dans les collèges et les lycées où l’échec scolaire et la violence interagissent ?

 

Passer à un système plus coopératif tant au niveau des enseignants que des élèves

 

Comment lancer une nouvelle dynamique dans ces établissements ? Voici quelques idées inspirées du système finlandais.

  • En France, le modèle d’enseignant valorisé est celui du “transmetteur de savoir“. Au collège ou au lycée chaque enseignant doit être un spécialiste d’une discipline particulière. Un savoir de haut niveau lui ouvre la possibilité d’enseigner même s’il ne connaît pas grande chose à la pédagogie. Le rôle du maître est de transmettre le savoir ; c’est un expert sur un contenu donné. Il doit possèder une grande autorité et être directif pour s’imposer. Il exploite les ressources de ses connaissances et de la documentation qu’il possède, sa stratégie est centrée sur la logique de présentation, de transmission et le développement progressif de son enseignement. Son problème clé, c’est la transposition didactique : comment rendre son message clair et compréhensible. Ce modèle fonctionne bien avec des jeunes issus d’un milieu socioculturel favorisé ou culturellement proche de l’école, il échoue souvent avec les autres.
  • Un autre modèle existe : celui du  “facilitateur d’apprentissage“. Il est largement utilisé dans l’éducation non-formelle, la formation permanente, par exemple, ou les mouvements de jeunesse. Sa préoccupation est d’identifier les besoins des apprenants dont il est chargé et les compétences qu’ils souhaitent acquérir. Sa stratégie est de s’interroger sur les moyens que les apprenants vont utiliser pour apprendre, afin de faciliter leur apprentissage. Il utilise le dialogue, les participants sont actifs, il guide un processus de travail coopératif. Il ne donne pas les bonnes réponses, il suscite les bonnes questions.

Pourquoi ne pas utiliser, dans les collèges et les lycées des zones défavorisées, un nouveau système éducatif qui combinerait ces deux modèles. Le matin les “transmetteurs de savoir“ donneraient des cours de français, mathématiques, sciences… L’après-midi les “facilitateurs d’apprentissage“  - des “assistants d’éducation“ à la mode finlandaise - auraient pour tâche d’aider des équipes d’élèves à coopérer pour faire des expériences, des exercices, des jeux destinés à leur permettre d’intégrer mieux les connaissances transmises le matin. Dans cet apprentissage coopératif, les jeunes eux-mêmes seraient responsabilisés et participeraient grâce à un système de “tuteurs pairs“. 

 

“Transmetteurs de savoirs“ et “Facilitateurs d’apprentissage“ coopéreraient dans une même équipe éducative pour partager les objectifs éducatifs et les résultats. Les élèves seraient appelés à participer à l’évaluation de leurs résultats. Cette dynamique coopérative permettrait d’intégrer dans la pratique scolaire une formation active à la citoyenneté démocratique et faciliterait la maturation et l’accession à l’autonomie morale, les véritables antidotes à la violence.

 

Utopie ? En France, nous avons tous les ingrédients pour réaliser une telle réforme du système éducatif, au moins dans quelques établissements critiques. Après des expérimentations locales, le nouveau système pourrait être progressivement élargi. Le coût est certes un obstacle, mais avons-nous mesuré le coût social engendré par l'échec scolaire de plus de 100.000 jeunes quittant chaque année l’école sans qualification ?

 

 

Dominique Bénard

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Commentaires: 2
  • #1

    BIAYS Hanta (mercredi, 07 novembre 2018 16:42)

    Effectivement, pourquoi ne pas tenter cette réforme du système éducatif ? Notre ministre de l'éducation doit se mettre en mode collaboratif, car d'autres modèles, notamment cités dans cet article existent.

  • #2

    CBBOGNINI (jeudi, 08 novembre 2018 09:42)

    Tout à fait, le système éducatif burkinabe traverse le même problème depuis quelques années. Un échec croissant au niveau des écoles et collèges et s'étendant même à l'université.
    Ceci principalement du fait d'un système qui n'arrive pas à bien former les enseignants, ni à assurer une bonne formation continue, deuxièmement des effectifs pléthoriques d'élèves et d'étudiants, enfin l'absence de mouvements de jeunesses comme le scoutisme, les clubs unesco et du manque d'implication des enseignants et des chefs d'établissement dans l'animation de ces mouvements qui ont beaucoup contribué par le passé à renforcer la qualité des relations élèves-etudiants-enseignants et à produire des résultats de qualité. Ces organisations contribuent énormément à sociabiliser et à réduire la violence à l'école.